01Estimer sa future pension
Le premier réflexe avant toute stratégie : connaître combien on touchera réellement. La formule officielle du régime général est :
Pension de base = Salaire annuel moyen (25 meilleures années) × Taux × (Durée validée / Durée requise)
Le taux plein est de 50 % pour le régime général, atteint à 64 ans avec 172 trimestres pour les générations 1968 et après. La retraite complémentaire Agirc-Arrco s'ajoute, calculée en points : elle représente 30 à 50 % du total final selon le statut (cadre, non-cadre, indépendant).
Le bon outil : info-retraite.fr
Le service public info-retraite.fr agrège tous vos régimes (régime général, complémentaire, fonction publique, professions libérales). Vous obtenez en 2 clics une estimation personnalisée à plusieurs dates de départ (62, 64, 67 ans).
02Calculer l'écart à combler
Une fois la pension estimée, comparez-la à votre besoin réel : combien souhaitez-vous toucher chaque mois à la retraite ? Un repère sain : 75 à 80 % du dernier revenu net pour conserver son niveau de vie.
Exemple chiffré
- Dernier salaire net : 3 500 €
- Besoin retraite : 80 % = 2 800 €/mois
- Pension estimée (régime général + Agirc-Arrco) : 2 100 €/mois
- Déficit mensuel : 700 €/mois, soit 8 400 €/an à compléter
Combien faut-il avoir capitalisé ?
Pour générer 8 400 €/an de revenus pérennes, en partant d'une règle des 4 % (taux de retrait sécurisé), il faut un capital de 210 000 €. À 65 ans avec espérance de vie 85 ans, cela couvre largement la durée.
Bonne nouvelle : commencer tôt change tout. Avec 200 €/mois investis à 6 % annuels pendant 30 ans, vous accumulez 201 000 €. Pendant 20 ans seulement : 92 000 €. Le temps est le levier numéro 1.
03La bonne stratégie par tranche d'âge
25-35 ans : capitaliser long terme
Horizon > 30 ans, donc tolérance maximale au risque. ETF actions monde via PEA, versements programmés modestes mais réguliers (100 à 300 €/mois). Le PER n'est pas prioritaire : votre TMI est généralement faible et vous risquez d'avoir besoin de liquidités.
35-50 ans : phase d'accumulation
Pic de revenus, TMI souvent à 30 ou 41 %. Le PER devient roi : déduction immédiate, capitalisation à long terme. Continuer le PEA pour la part disponible. Premier achat locatif possible pour diversifier.
50-60 ans : sécuriser et compléter
Horizon réduit, on baisse progressivement la part actions. Bascule vers fonds euros et obligations. Possibilité d'arbitrer un PER vers une rente. Valider les trimestres manquants (rachat).
60-67 ans : optimiser le départ
Choix entre départ anticipé (décote), taux plein, ou surcote (1,25 % par trimestre supplémentaire). Activer une sortie progressive en capital du PER pour étaler la fiscalité.
04Le PER, pilier déductible
Le Plan d'Épargne Retraite est l'outil le plus puissant pour les TMI ≥ 30 %. Vos versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus pro (plafond ~37 094 € en 2026).
L'effet TMI
| Versement annuel | TMI 11 % | TMI 30 % | TMI 41 % |
|---|---|---|---|
| 2 000 € | 220 € | 600 € | 820 € |
| 5 000 € | 550 € | 1 500 € | 2 050 € |
| 10 000 € | 1 100 € | 3 000 € | 4 100 € |
Sortie : capital, rente ou les deux
Au moment du départ : capital fractionné (le plus souple, taxe progressive sur les versements + PFU 30 % sur les gains), rente viagère (taxée comme une pension), ou panachage. Cas de déblocage anticipé : achat résidence principale, fin de droits chômage, invalidité.
05Assurance-vie, pilier souple
Moins fiscalement avantageuse à l'entrée que le PER, mais bien plus souple à la sortie. C'est le complément naturel pour ceux qui ne veulent pas bloquer 100 % de leur épargne jusqu'à 64 ans.
L'antériorité fiscale, élément clé
Après 8 ans d'ancienneté du contrat, vous bénéficiez d'un abattement annuel de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) sur les gains rachetés. Stratégie : ouvrir un contrat le plus tôt possible, même avec 100 € seulement, pour faire courir l'antériorité.
Allocation type pour la retraite
- Avant 50 ans : 70 % unités de compte (ETF, immobilier, obligations) / 30 % fonds euros
- 50-60 ans : 50 % / 50 %
- Après 60 ans : 30 % UC / 70 % fonds euros, sécurisation progressive
06Immobilier locatif
Avantage : génère un revenu de remplacement directement utilisable, et la valeur du bien suit l'inflation. Inconvénient : faible liquidité, gestion active.
Quel régime fiscal choisir ?
- LMNP au régime réel : amortissement comptable du bien et du mobilier ; fiscalité quasi nulle pendant 10 à 15 ans. Le choix par défaut pour préparer la retraite.
- Location nue au réel : déficit foncier imputable jusqu'à 10 700 €/an (21 400 € pour travaux énergétiques jusqu'à fin 2027).
- SCPI en assurance-vie : pour ceux qui ne veulent pas gérer en direct, rendement 4-6 % nets.
À 60 ans, un bien locatif acheté à 35 ans est généralement remboursé. Le loyer net devient un revenu pur qui complète parfaitement la pension.
07Racheter des trimestres
Le rachat de trimestres permet de combler un trou de carrière (études supérieures, années incomplètes). Jusqu'à 12 trimestres rachetables, à un coût variable selon l'âge et le revenu (1 500 à 7 000 € par trimestre en 2026).
Quand est-ce rentable ?
- Vous êtes proche du taux plein : 1 ou 2 trimestres manquants peuvent éviter 5 % de décote définitive
- Votre TMI à la retraite sera ≥ 11 % : la pension supplémentaire amortit le rachat en 5 à 8 ans
- Le rachat est déductible du revenu imposable : économie d'impôt immédiate
À éviter si vous êtes loin du taux plein (l'effet est marginal) ou si votre santé ne permet pas d'envisager 10+ ans d'espérance de vie après la retraite.
08À quel âge partir ?
Trois scénarios pour les générations 1968 et après :
| Âge | Trimestres validés | Effet | Pension |
|---|---|---|---|
| 62 ans | 164 | Décote 8 trimestres × 1,25 % = -10 % | ~90 % du taux plein |
| 64 ans | 172 | Taux plein | 100 % |
| 66 ans | 180 | Surcote 8 trimestres × 1,25 % = +10 % | ~110 % |
La retraite progressive (à partir de 60 ans) permet aussi de réduire son temps de travail tout en touchant une partie de la pension : compromis intéressant pour ceux qui ne veulent pas s'arrêter brutalement.